Le cercle des poètes disparus ne passait pas la veille sur la troisième chaîne mais il y avait dans l'air comme une musique sympathique accompagnée de quelques refrains sautillants qui auraient, sans aucun doute, fait décoller les vinyles de la belle époque. Les trentenaires trottinant s'agitent…nous aussi!

C'est à l'Orangerie du Botanique, salle pouvant accueillir moins de 700 personnes, que le concert attendu du petit bonhomme a pris place. On ne parlera pas de foule mais plutôt d'un petit comité de fans, tantôt exemplaires, tantôt douteux. L'ambiance est détendue, les langues se délient aisément. Sur la scène, des ombres étranges se dessinent au-delà des instruments inconnus.

Après une première partie mi-miel, mi-vinaigre, le public commence à s'échauffer. Les mains claquent, les cris retentissent. Aldebert se fait attendre…et c'est dans l'euphorie d'un public aux abois que le chanteur débarque sur scène avec la fougue d'une jeunesse jamais perdue. Ses éclats de voix charment autant que ses éclats de sourire…mais c'est la mélodie qui finit par s'immiscer dans le cœur et par ne plus en ressortir.

Accompagné d'une équipe de musiciens talentueux qui n'hésitent pas à offrir bien plus que leur musique, Aldebert bondit et rebondit sans peine au milieu des objets cocasses de son petit univers de gosse. Une mignonne voiturette colorée, une boite aux lettres sur pied, des lanternes chinoises et une foule d'autres bricoles décalées...voilà le plateau (télé?) dédié sur lequel se dessinent les monstres imaginaires de son enfance. Il enchaîne languissante ballade et torrent de rythmes, avec l'harmonie de sa seule voix comme fil conducteur de cette ballade enchanteresse.

On déplorera la présence d'un public trop jeune, paradoxe d'hystérie face à la nostalgie doucereuse constamment évoquée. Réalité probablement notée par le chanteur qui, quoi que quelque peu décontenancé, a pris partie d'ignorer les incursions irrespectueuses pour s'offrir à 100% sur un spectacle qui en vaut bien d'autres.

Durant quelques heures, j'ai été ce ridicule Peter Pan à me passer du baume au cœur, me laissant voguer au gré de souvenirs qui n'étaient pas les miens. Oubliant la réalité du dehors, on se consacre au-dedans, on laisse couler quelques paroles retenues au hasard des chansons, on bouge les épaules au son des guitares vibrantes…et l'on finit par se perdre dans ce monde un peu adulte, un peu ado…perdu, pour l'occasion, dans un véritable tumulte stéréo.

Le temps s'est échappé une fois encore et avec son départ, a repris le cours comico-tragique qui le caractérise. Aldebert a, pour sûr, le don de désinhiber ces pensées nostalgiques et de transformer leur douloureuse sensation en émotions dédramatisées. L'occasion de se souvenir, ensemble, que l'enfance est une option magistrale qui ne nous quitte que si nous le décidons vraiment…et comme il le dit si bien: "Si la jeunesse est un vilain défaut, on s'en corrige bien assez vite…!"

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